Légendes et mythes de la Nouvelle Acropole
Ksenia Kirillova
Ekaterinbourg, 2007
Ces derniers temps l'attention du public est de plus en plus attirée par un phénomène tel que « l’École philosophique classique « Nouvelle Acropole » ». Se présentant comme une organisation culturelle et d'éducation populaire, cette organisation compte de nombreux partisans parmi des personnes assez instruites, ce qui, en soi, n'a rien d'étonnant. Le magazine de la Nouvelle Acropole, « L'homme sans frontières », regorge de photographies de monuments historiques et culturels, de citations de penseurs et de poètes célèbres, et lors des « conférences de philosophie » montent depuis la tribune de nombreuses allocutions sur la miséricorde, le bien, l'idéal et la tolérance. L'organisation travaille activement avec des orphelins, organise des séminaires sur des sujets exotiques et propose aux jeunes en quête des moyens divers de réalisation créatrice. Les dirigeants et les membres de la Nouvelle Acropole sont extrêmement aimables et accueillants, ce qui ouvre souvent pour eux les portes de certains établissements d'enseignement supérieurs et de bibliothèques prestigieuses. La Nouvelle Acropole proclame comme objectifs :
-
L'union des personnes sur la base de l'idéal d'une fraternité universelle, indépendamment de leur confession, race et appartenance sociale.
-
L'éveil chez les gens d'une vision globale du monde par l'étude comparative des sciences, des différentes formes d'art, des systèmes philosophiques et religieux.
-
Aider chaque personne à trouver l'harmonie avec la Nature en développant ses potentialités intérieures et en connaissant les lois de la vie (l'usage de la majuscule au mot « Nature » figure dans les Statuts officiels de cette organisation. — K. K.).
Alors, qu'est-ce que la Nouvelle Acropole ?
Après des entretiens avec la direction de l'organisation et l'étude de sa littérature programmatique accessible au public se dessine le portrait suivant de cette organisation :
-
La Nouvelle Acropole ne considère aucune système de vues comme unique vérité. Sa tâche est de faire connaître aux auditeurs toute la diversité des opinions et des points de vue, sans privilégier un système de vision du monde particulier. Elle réunit les gens non sur la base de la fidélité à certaines positions religieuses, mais seulement en matière de charité.
-
La Nouvelle Acropole est extrêmement tolérante. Elle respecte tous les points de vue, opinions et religions, les considérant comme égaux. Elle ne donne de préférence à aucune religion. En conséquence, il n'existe pas de personnalité dont les vues seraient considérées comme incontestables.
-
Il s'ensuit donc que la Nouvelle Acropole n'a pas et ne peut pas avoir d'enseignement unique, c'est-à-dire d'ensemble déterminé de doctrines religieuses reconnues de la même manière par tous ses membres. Comme l'indique dans son expertise du 06.12.06, réalisée à la demande de la section d'Ekaterinbourg de la Nouvelle Acropole, la docteure en sciences philosophiques E.S. Elbakyan, l'organisation « se consacre à la diffusion des connaissances, et non de la foi » et « y entrent des personnes d'appartenances confessionnelles diverses ou des non-croyants ». D'autant moins la Nouvelle Acropole ne peut avoir d'enseignement secret.
-
Il en découle que le simple fait de donner une conférence est perçu comme une simple transmission d'information, et dans le thème des conférences peuvent être exposés des points de vue différents, souvent contradictoires, sur une même question.
-
Tous les faits sont exposés absolument fidèlement, car l'objectif principal des conférences est d'élever le niveau culturel des auditeurs.
-
Après avoir suivi un cycle de conférences, l'étudiant peut choisir lui-même n'importe quel système de convictions. Par « indépendance » on entend un choix qui n'est soumis à aucune pression, y compris psychologique. Ni la structure des conférences, ni le comportement du conférencier n'exercent d'influence sur la conscience de l'auditeur ni ne le conduisent par des manipulations à un résultat prédéterminé.
-
L'attitude envers le monde environnant est absolument positive, puisque la Nouvelle Acropole puise ses valeurs culturelles précisément là.
-
Ainsi, le terme « secte totalitaire » est totalement inapplicable à la Nouvelle Acropole.
Si l'on accepte pour vérités toutes les positions énumérées ci‑dessus, il semble effectivement qu'il soit absolument infondé d'adopter la position des spécialistes des sectes, qui persistent à qualifier la Nouvelle Acropole de culte destructeur. Je propose, sans m'engager dans des discussions inutiles, de confronter simplement les thèses énumérées aux documents internes de la Nouvelle Acropole et de vérifier leur conformité.
- Считается ли какая-то одна система взглядов истинной? Un début de réponse indirecte se trouve dans l'article du fondateur de la Nouvelle Acropole, Jorge Ángel Livraga, « Sur la scolastique » de septembre 1981 (ci‑dessous — « Sur la scolastique »), p. 6, section « Pour les enseignants » : « L'enseignant doit être clair et compréhensible dans ses explications. Il ne suffit pas de connaître la vérité, il faut savoir l'expliquer, la transmettre à la conscience, et si nécessaire la prouver. Souvenez‑vous que les jeunes qui viennent à l'École sont souvent désillusionnés par la vie et cherchent de nouvelles voies pour réaliser leurs idéaux. Il ne faut pas déformer l'Enseignement seulement par crainte de blesser les sensibilités des plus susceptibles, car nos élèves sont venus vers nous pour la recherche de vérités écrasantes et irrésistibles, pas pour une rhétorique vague qui n'explique rien à personne. » Dans la section « Pour les élèves » il est proclamé aussi : « Plongez‑vous tout entier dans les Mystères — en eux est cachée la Vérité. »
Ainsi, il existe manifestement dans la Nouvelle Acropole un certain système de vues reconnu comme vérité absolue, de plus il est nommé Enseignement. Les déclarations des dirigeants de la secte affirmant que la Nouvelle Acropole n'a pas son propre enseignement paraissent, à la lumière de cela, être un mensonge éhonté. De plus, selon les directives internes de l'organisation, les conférenciers (« instructeurs ») doivent non seulement croire pieusement en la doctrine proposée, mais aussi la transmettre lors de conférences publiques, en les utilisant uniquement pour inculquer aux auditeurs les convictions des dirigeants de l'organisation.
À titre d'illustration citons des extraits de la transcription d'une séance du responsable russe de la Nouvelle Acropole, Elena Sikirich, avec les « instructeurs » du 02.02.97 « Manifestation des 7 lois dans le travail de l'instructeur » (ci‑dessous — « Manifestation des 7 lois... ») : « L'instructeur, selon la Loi de l'Unité, ne transmet rien de son propre. Il transmet ce qui n'est pas le sien, mais l'essence. Point clé. L'idée qu'il doit transmettre — n'est pas la sienne. Et selon le principe des émanations, en tenant compte de la Loi de l'Unité, l'instructeur doit avant tout transmettre l'essence, l'idée, l'archétype de cet organisme dont il est une composante. Les principaux archétypes, idées, moments de ce que nous appelons l'idéologie de l'Acropole. C'est le premier point. Donc notre première tâche à toutes nos réunions, aux conférences, dans les entretiens individuels, comme le dit la Voix du Silence, "as‑tu accordé ton âme avec…". As‑tu accordé tes hypothèses, moments clés, avec le cœur, la doctrine et la philosophie de l'Acropole. Et ici, en ce qui concerne la loi, du point de vue de l'instructeur, il n'y a pas dix mille doctrines. Il n'y a pas dix mille compréhensions différentes de la doctrine. Il y a dix mille formes différentes dans lesquelles sont exposées les mêmes idées. Et donc dans ce contexte, la première et principale tâche non seulement de l'instructeur, mais aussi du responsable, maintenant nous parlons dans le contexte de la conférence — est de ne pas dévier du chemin, de ne pas s'éloigner, de ne pas falsifier. Ne pas donner ses interprétations libres qui n'ont pas de fondement déjà confirmé dans le cadre même de la philosophie de l'Acropole, par telles ou telles suppositions, paroles de HAL, des classiques, de Blavatsky, de moi, etc. » (ici et dans la suite : souligne de moi. — K.K.). Plus loin : « Pour que cela vous soit plus facile et pour que nous puissions transmettre ce que nous appelons officiellement l'idéologie de l'Acropole, la première question que nous poserons sera : comment HAL l'aurait‑il fait ? ».
En utilisant le vocabulaire des études sur les sectes, on observe ici une sorte de « connaissance cultuelle », c'est‑à‑dire une méthode universelle par laquelle les adeptes peuvent atteindre le bonheur, l'unité avec Dieu, la perfection, trouver le sens de la vie, etc. Si l'on compare ces déclarations avec le premier point de la caractéristique publicitaire de la Nouvelle Acropole, il s'agit d'une tromperie manifeste lors du recrutement, qui constitue le signe le plus net et le plus typique des sectes totalitaires. En effet, les auditeurs viennent pour découvrir diverses conceptions philosophiques, mais pas du tout pour se voir enseigner la doctrine du fondateur de la Nouvelle Acropole, Jorge Ángel Livraga (HAL), que l'on s'efforce de leur transmettre sous le couvert de conférences.
- Существует ли сакрализованная личность, любые взгляды которой признаются бесспорными? Pour répondre à cette question, revenons encore à la « réunion des instructeurs » « Manifestation des 7 lois... » : « Et donc le premier moment qu'il faut prendre conscience, c'est le moment où nous portons en nous une parcelle de HAL. Je ne dis pas la mienne. Maintenant nous parlons, le maillon principal et fondamental qui nous relie, disons‑le ainsi, au monde des Archétypes. Nous disions que, en réalité, bien lire une conférence, bien conduire une réunion, petite ou grande, signifie faire comme si à notre place il y avait lui... Le modèle idéal — s'imaginer comme si vous donniez à ses pensées vos exemples, votre couleur… Quand, du point de vue de la Loi de l'Union, je prépare une conférence, je me demande comment HAL l'expliquerait... Pour que cela vous soit plus facile et pour que nous puissions transmettre ce que nous appelons officiellement l'idéologie de l'Acropole, la première question que nous poserons est : comment HAL l'aurait‑il fait ? Et je vous assure, moi par exemple, surtout pour les réunions formatrices, chaque fois que je m'assieds pour préparer, après avoir rassemblé et lu une montagne de matériel, je me pose toujours la première question : que dirait HAL ? Voilà pour moi le noyau… ».
On lit encore : « Pour de telles situations il faut une paix plus profonde de l'âme. Une âme qui s'appuie sur le Maître. C'est la seule entité sur laquelle l'homme peut s'appuyer, le reste il doit le faire lui‑même. Je vous le dis de ma propre expérience de vingt ans de lectures de conférences. Et je vous l'ai dit dix mille fois à toutes les réunions d'instructeurs, avant des événements importants je suis nerveuse, mais m'apaise toujours une même pensée — comment HAL agirait‑il ? Et si je ne peux même pas y arriver par la pensée, si dans la panique je n'y parviens pas, il y a un mécanisme automatique — le mot, le concept HAL. Et c'est tout. Ensuite on y va. Même sans savoir comment il l'aurait dit, ce qu'il aurait dit, comment il l'aurait expliqué, par quels exemples — ni que cela aide ni que cela n'aide, simplement : "HAL !" — et on y va. Voilà, du point de vue de la Loi de la Volonté, de l'Union, du retour aux sources, chacun des instructeurs doit avoir pour état d'âme cela. Vous avez, en plus de HAL, un autre petit maillon intermédiaire, moi, Delia. J'ai Delia et HAL. Mais ce qui concerne HAL — c'est quelque chose d'absolument spécial. Et alors nous serons tranquilles quant au fait que notre doctrine ne sera pas déformée. Et alors nous serons tranquilles de ne pas dévier du chemin, et de ne pas permettre des libertés liées, très probablement, à des moments de notre personne plutôt qu'à l'âme véritable. »
Dans la Nouvelle Acropole aucun désaccord avec les articles de HAL n'est toléré, et lui‑même est reconnu comme « grand maître de l'humanité », idéal et infaillible contrairement aux évidences. L'illustration parfaite de cette thèse est la phrase tirée du message « Parole vivante » du 17.02.96 (ci‑dessous — « Parole vivante »), adressé aux responsables : « Voici l'exemple de HAL, le grand HAL, qui n'a jamais menti, et n'a même pas menti en racontant le fait de l'arrivée de Giordano Bruno à Zagreb, bien que cela n'ait jamais eu lieu. » Ainsi, dans la phrase elle‑même se tiennent deux affirmations contradictoires, absolument incompatibles du point de vue de la logique ordinaire, mais parfaitement conciliées dans la logique sectaire. HAL est sans péché, donc il n'a pas menti, même en disant ce qui n'a jamais existé. On constate un glissement du système de valeurs, c'est‑à‑dire la foi que tous les moyens sont bons et justifiés pour atteindre la fin. Pour atteindre le but on peut tromper, sans même reconnaître cet acte comme un mensonge. De façon générale, l'attitude des acropolistes envers le « grand HAL » relève du gourouisme — culte du leader charismatique (vivant ou mort). Le gourou est un surhomme dont la volonté doit être obéie rapidement et sans réplique, la dissidence étant inadmissible. Selon l'idéologie sectaire, l'ordre du gourou est la volonté indiscutable de Dieu lui‑même. La présence d'un tel gourou (personne ou groupe de personnes) est également un signe constitutif d'une secte totalitaire.
- В чём именно заключается учение «Нового Акрополя» и насколько оно тайно? Quelle est précisément la doctrine de la Nouvelle Acropole et dans quelle mesure est‑elle secrète ? La caractéristique générale de l'enseignement de la Nouvelle Acropole, reproduite dans de nombreux dictionnaires sur les mouvements religieux non traditionnels et figurant sur la plupart des sites Internet, est la suivante :
La Nouvelle Acropole peut être caractérisée comme une secte syncrétique, occulto‑païenne et totalitaire, utilisant à couvert des actions prétendument caritatives.
Outre les conférences officielles et les actions caritatives, il existerait au sein de la Nouvelle Acropole un enseignement secret, accessible uniquement aux « initiés », qui seraient justement recrutés parmi les auditeurs et les participants aux activités « culturales ». La doctrine du mouvement repose sur les écrits de Livraga « La hache d'or » et « Les labyrinthes du lapis‑lazuli », inclus dans un recueil intitulé « Manuel du responsable ». La doctrine combine des éléments de théosophie et de divers cultes païens (principalement de tradition gréco‑ancienne). La Nouvelle Acropole prescrirait à ses adeptes la compréhension des lois du microcosme et du macrocosme par l'étude des sciences occultes : astrologie, numérologie, chiromancie. Une attention particulière serait portée à l'étude de la mythologie païenne, des rites et des cérémonies. De ce fait, dans la conscience des gens seraient altérées des valeurs religieuses et culturelles traditionnelles, se développerait un intérêt malsain pour les pratiques magiques et occultes. Une importance particulière est accordée à l'établissement d'un lien avec des mondes parallèles. Les adeptes de la Nouvelle Acropole croient en la réincarnation et à l'imminence sur Terre de l'ère du Verseau. La tâche principale de la secte serait la transformation de l'homme en surhomme, représentant d'une nouvelle « sixième race », ce qui, en substance, justifierait une discrimination raciale et une idéologie de supériorité.
Le fondateur de la Nouvelle Acropole fut le défunt professeur argentin d'origine italienne Jorge Ángel Livraga (1930–1991), qui, sous la bannière de la diffusion de ses idées d'inspiration théosophique, créa un réseau mondial ramifié qui s'est, depuis la fin des années 1980, implanté en Russie. Dans le « Manuel du responsable » Livraga note : « Tout être vivant, possédant des capacités plus ou moins développées, est avide de pouvoir. Le pouvoir est un instinct de l'âme comme l'instinct de conservation est un instinct du corps… Celui qui sent en lui la force d'être chef ne doit pas aimer les autres... Le dirigeant, ayant décidé quelque chose une fois, doit atteindre son but, malgré les dépenses, dans les délais les plus brefs… Il faut rayer de la conscience tout ce qui crée en elle des complexes. »
La Nouvelle Acropole, d'orientation ultra‑droitière dans ses vues, disposerait dans sa structure d'un « corps de sécurité » secret, utilisant dans son activité des rituels secrets et une symbolique fasciste. L'un des responsables du « Corps de sécurité », Fernand Schwartz, aurait lié l'ouverture d'une nouvelle étape dans l'histoire de l'organisation — une étape d'actions actives. Dans un bulletin édité par la personne de confiance de Schwartz, Jean‑Marc Massé, il était explicitement indiqué : « Nous savons que nous sommes l'embryon d'une organisation qui grandira en une armée gigantesque, une force immense. »
Citons quelques extraits illustrant des éléments particuliers de la doctrine de la Nouvelle Acropole. En particulier suivent des extraits du discours prononcé par Elena Sikirich devant les membres des Forces vives (FV, noyau interne de l'organisation) lors du « stage d'été » des FV en 1999 sur les origines, la nature et les tâches de la Nouvelle Acropole (ci‑dessous — « Stage d'été » des FV) :
« HAL dit clairement que la tâche de l'Acropole, en réalité, est une nouvelle tentative pour donner l'impulsion à la sixième sous‑race de la cinquième race. Notre tâche à vous et moi, à travers tout ce que nous faisons, est de donner l'impulsion pour la sixième sous‑race de la cinquième race. »
« La première chose qu'il faut comprendre : l'Acropole n'est pas simplement une école. L'Acropole est fondée comme une impulsion supplémentaire. Une de millions, de centaines de milliers d'impulsions qui se poursuivent depuis que la grande Loge Blanche a été fondée et que dans le monde des hommes sont descendues des entités élevées, des Maîtres et des Prométhées. [...] Et maintenant, bien que nous ne le disions pas aux membres pour ne pas paraître vaniteux, etc., mais au XXe siècle le seul canal vers les Maîtres — c'est l'Acropole. Comme au XIXe siècle c'était la Société Théosophique. C'est notre "famille". Le seul canal et les seuls qui ont reçu le droit de passer les épreuves pour mériter une école ésotérique — c'est l'Acropole. Et si quelqu'un parmi les 4–5 milliards de personnes vivant sur la Terre veut entrer dans les mystères, il doit entrer dans l'Acropole. Et passer toutes les marches, en commençant par le "programme blanc", le premier cycle, et entrer dans les FV. Parce que pour que quelqu'un dans la vie suivante puisse même rêver des mystères, la première marche qu'il doit mériter, c'est les FV. Et les FV sont le maillon dans la chaîne qui manquait à la Société Théosophique. »
« L'école de disciple est une grande force. Voici cette lumière dont nous devons devenir le conducteur, c'est cela. [...] Cela donne la force à toute la mission de tenir et de ne pas être qualifiée d'une tentative manquée, comme ce fut le cas avec la Société Théosophique immédiatement après la mort d'E.P.B. Nous avons déjà perdu HAL, mais nous tenons encore. Excusez‑moi, mais c'est un grand progrès, cela n'est jamais arrivé dans l'histoire. Grâce à Delia. Et après ? Il faut ensuite créer la chaîne, sinon la mission coulera. L'impulsion de la sixième race attendra encore Dieu sait combien. Les gens se perdront à nouveau dans leur chaos, leur confusion, sans critères, sans grand‑chose... »
Ainsi, la Nouvelle Acropole est une organisation religieuse qui se proclame comme le seul canal possible de liaison avec les « hautes forces ». Comme l'affirme E. Sikirich, chaque école ésotérique antique aurait été envoyée par la hiérarchie des mahatmas afin de préparer l'humanité à l'entrée dans la race supérieure. L'enseignement de la « sixième race » remonte directement à l'occultisme de Blavatsky, dont les acropolistes se considèrent héritiers. Cependant, malgré tout le respect des acropolistes envers Blavatsky (dans la terminologie acropoliste E.P.B.), HAL estimait que même sa mission avait échoué et que l'impulsion s'était éteinte avec la mort d'E.P.B. C'est pourquoi la tâche de la Nouvelle Acropole est de conserver l'impulsion et ainsi d'accomplir ce qu'aucune organisation n'a réussi à faire dans l'histoire de l'humanité. La confirmation s'entend aussi dans la transcription d'un enregistrement audio d'une séance d'E. Sikirich avec les membres des Forces vives sur les « épreuves » à la veille de l'an 2000 du 25 septembre 1999 :
« ...On a commencé "depuis l'apex occulte", on a rappelé comment HAL a reçu la mission — faire tout ce qui est en son pouvoir pour que l'école apporte sa contribution à l'impulsion de la 6e sous‑race de la 5e race. Faire tout ce qui est en son pouvoir. Et il a reçu cette mission très concrètement... Donner sa contribution à la naissance de la 6e sous‑race de la 5e race... En y repensant, on s'est rappelé que pratiquement toutes les écoles acropoliennes ont, dans ce travail difficile, poursuivi l'œuvre de HAL. Parce que chacune d'elles, y compris nous, a reçu pour tâche de développer un modèle de quelque chose dans le cadre de l'impulsion générale. Chacun engendre, perce la voie, trouve des formes pour une partie de la mosaïque globale, qui n'est connue que de HAL, de Delia et de Dieu. Nous ne pouvons pas la comprendre. »
De plus, la Nouvelle Acropole affirme être la réincarnation de toutes les anciennes écoles et sectes ésotériques, c'est‑à‑dire de leurs membres et dirigeants. Ainsi, par la main aisée de HAL, tous les penseurs et philosophes anciens deviennent « acropolistes » ! Le diacre Andreï Kouraev qualifie ce phénomène de « missionnarisme parmi les morts » : « Cette manière étrange est typiquement théosophique : ils parcourent les pages de l'histoire mondiale afin de rallier autant que possible de personnages historiques remarquables parmi leurs adeptes et partisans. Comme les mormons accumulent dans leurs archives des informations sur tous les défunts, pour ensuite prier pour eux et ainsi les refaire mormons, les théosophes accordent aussi des "initiations" posthumes à qui bon leur semble, ne se souciant guère si les personnes mentionnées auraient voulu être théosophes. Mais les morts sont sans réponse. » [1]
Voici quelques exemples de ces pratiques (« Stage d'été » des FV) :
« On peut dire que l'Acropole, pendant de nombreux millénaires, s'est en fait réincarnée avec les mêmes hautes âmes, les mêmes grands maîtres, le même HAL, qui portait un autre nom, Delia, et que ceci est l'une de nos réincarnations. »
« Nous sommes des Thébains [...] Tous nos enseignements, toutes nos connaissances, tous nos souvenirs, toute notre protection et la tutelle des grandes entités HAL et par HAL nous les avons apportés dans le monde, à cette époque, depuis Thèbes, depuis l'Égypte... c'est alors que les maîtres et la hiérarchie conçurent le plan pour tenter de donner l'impulsion à la sixième sous‑race de la cinquième race. Et à différentes époques et dans différentes générations, à travers différentes familles spirituelles ou groupes, mais la base était la famille dite du quatrième rayon, ou famille thébaine, à laquelle nous appartenons... »
« L'Europe devait devenir le berceau de la prochaine sous‑race de la cinquième race. Ainsi naquit le fameux Anax, auquel nous appartenons. Ceux qui ont un T‑shirt avec notre logo NA savent parfaitement que dans ces lettres est contenu le mot Anax. »
« Notre famille est choisie comme porteuse de la mission. On choisit les grands maîtres qui protègeront ces impulsions ; on choisit, auprès des grands maîtres, de grands initiés ; on choisit des élèves acceptés ; et on choisit de petites fourmis. »
« Ne vous étonnez pas pourquoi leur enseignement nous est proche ? Pourquoi, quand nous lisons les stoïciens, c'est comme si nous écoutions HAL ? Quand nous lisons Marc Aurèle, c'est comme si nous écoutions HAL ? Ou quand nous lisons Socrate, Platon, ou des écrits égyptiens anciens ? Tout cela vit en nous, nous ne faisons pas que lire, nous nous souvenons… L'ultime bastion d'Anax, le dernier fort solide, fut Alexandrie, école néoplatonicienne. Et comme HAL le disait, quand nous le rencontrions il y a longtemps, comprenez, je ne me vante pas, mais dans notre famille il y avait et il y a des rois, des prêtres, des philosophes, des maîtres et des élèves, des dames, des chevaliers, des martyrs… Marc Aurèle est des nôtres… La Renaissance, Giordano Bruno — c'est nous… Mais c'est un homme qui a réellement, à la charnière des XVIe et XVIIe siècles (il a vécu, imaginez‑vous, à la même période que nous), créé littéralement l'Acropole sans l'appeler Acropole. Dans l'Acropole circulent des rumeurs, il y a l'hypothèse que Giordano Bruno fut une des incarnations du maître Shriram, maître de HAL. »
Les seuls pour lesquels la Nouvelle Acropole fait exception sont les francs‑maçons : « Les maçons — ce n'est pas nous, et les rosicruciens — ce n'est pas nous, mais c'était aussi une impulsion de la hiérarchie. C'est une sous‑famille, ce n'est pas nous, mais ils sont des nôtres. » Cela s'explique probablement par le fait que certaines loges maçonniques ont survécu jusqu'à nos jours et pourraient déclarer leur désaccord d'appartenance à la NA.
E. Sikirich formule sans équivoque la tâche suivante de son organisation — le prosélytisme, et ce prosélytisme parmi la portion la plus intellectuellement développée de la société : « Si nous n'attirons pas l'attention des esprits les plus élevés et restons enfermés entre nos quatre murs, on peut considérer que notre tâche n'est pas accomplie. Il est très important que nous nous en souvenions. »
C'est précisément cela que l'on entend par « enseignement secret », et non la simple croyance en la réincarnation, comme tente de nous convaincre dans son expertise Mme Elbakyan. À la justice, il faut dire que la théorie des réincarnations, la matérialité de la pensée, les lois du karma et du dharma et d'autres positions de l'enseignement occulte sont connues des auditeurs de la KFS (École philosophique classique) assez rapidement, en quelques conférences (ainsi cette partie de l'enseignement n'est pas secrète). Mais encore, il convient de préciser que ces informations sont présentées comme des données objectives dans le cadre de « l'étude comparative des religions ». On ne signale pas aux auditeurs que ces positions sont un enseignement de foi, transmis comme vérité ultime et non soumis au doute.
La preuve que les éléments énumérés sont non des savoirs mais des convictions religieuses inculquées dans la Nouvelle Acropole se trouve, en particulier, dans les extraits de la « réunion des instructeurs » « Manifestation des 7 lois... » : « Tentons de garder au moins en tête ce que contient notre loi. Je vous rappelle, par plans. Nous commençons en haut et nous descendons. Pour le plan d'Atma (Volonté, Loi) — la Loi de l'Unité. Ensuite — la Loi de l'Éclaircissement ou de la Sanctification (plan de Buddhi — intuition). Le plan de Manas (esprit supérieur) — la Loi de la Différenciation. Ensuite — l'organisation (kama-manas — mental inférieur). Ensuite la Loi de la Psyché — astral, psychisme. La Loi d'activité, d'action — prana, énergie. Et enfin, vous vous souvenez tous — la Loi de la périodicité, des cycles — plan physique. Comment pensez‑vous que nous pourrions les appliquer pour la formation des instructeurs, sur le modèle de l'instructeur. Si vous vous souvenez, la Loi de l'Unité est le principe directeur menant tous vers une destinée universelle commune par le chemin de l'évolution. Comme on disait, s'il vous demande combien vous êtes, vous répondez : « Un ». On a dit qu'elle est liée à la prise de conscience de l'appartenance à un organisme, petit ou grand, la prise de conscience que nous sommes partie de quelque chose de plus grand. Et on a dit que cela est lié à la conscience de la chaîne, au principe des émanations ou du passage du feu, par lequel l'Univers tout entier fut créé. Il existe un Absolu originel — le feu premier. Il transmet son feu au second, le second engendre le troisième — transmet son feu. »
« Parole vivante » (sur la matérialité de la pensée et du mot) : « C'est la forme la plus heureuse et, jusqu'à présent dans le développement de la 5e race, la seule par laquelle le pur principe de volonté se manifeste à l'extérieur... Pour que cela vous soit clair, je rappelle un moment de la conférence sur la 6e race. Quand Blavatsky explique qu'il adviendra des temps où la différence des sexes n'existera plus, où les gens s'incarneront en quelque sorte "androgyne" et où toute forme de reproduction, à partir du physique, se réalisera par l'interaction pensée — mot... Et quand Blavatsky explique que c'est ainsi que naîtront des enfants, i.e. il ne faudra plus ni travail physique ni autre — je veux créer — je pense, je dis dans la forme appropriée et la forme naît sous l'effet de ma parole. Et ceci s'appelle le principe du "Mot sacré" dans l'art oratoire. Et vous devez comprendre qu'en lisant une conférence — n'importe laquelle — ... parfois, sans même nous en rendre compte, notre parole a un pouvoir d'action : on dit — le processus est déjà engagé... Si tu dis mal, tu appelles et engendres autre chose, et par conséquent tu entres en interaction avec la Loi du Karma, qui a ses plans de création, soit nous y consentons, soit, si nous n'atteignons pas le point, il y a des sanctions. »
Quant au caractère secret de l'enseignement religieux de la Nouvelle Acropole, il est approprié de citer des extraits de l'article de Jorge Ángel Livraga « Pourquoi n'enseignons‑nous pas davantage l'ésotérisme ? » (Bastion n°81) : « ...L'exposé direct de la partie ésotérique sans une connaissance exotérique préalable nécessaire pourrait transformer beaucoup de jeunes en sectaires et fanatiques, au lieu de faire d'eux de véritables philosophes‑acropolistes. C'est pourquoi à la première étape des filtres particuliers sont absolument nécessaires. Sans eux les débutants seraient trop détachés du monde de tous les jours... ».
« Qu'on ne s'imagine donc pas que quiconque, ayant seulement manifesté un intérêt pour la Nouvelle Acropole, obtiendra immédiatement la possibilité pratique d'un contact avec l'Essence des Choses, avec le Mystère qui est la Mystique en action. Ni affiches, ni brochures, ni même les conférences et la lecture en elles‑mêmes ne vous ouvriront cette possibilité. »
« Quant à la question pourquoi nous n'enseignons pas plus l'ésotérisme, et pas seulement ceux qui nous ont récemment rejoints, mais aussi ceux qui depuis plusieurs années sont membres de notre Mouvement, là encore nous procédons selon des considérations semblables à celles exposées ci‑dessus… Aucun homme n'est capable, au bout de quelques années seulement, en travaillant une ou deux fois par semaine, d'acquérir la pureté intérieure suffisante pour percevoir la Sagesse qui, au fil des millénaires, comme des gouttes de rosée matinale, s'est accumulée dans la coupe sacrée du Fleur du Lotus Blanc de la Connaissance Ésotérique. »
Ainsi Livraga justifie son refus de révéler aux adeptes la vérité sur l'enseignement véritable de l'organisation qu'il a créée par le fait qu'ils ne pourraient l'accepter et, de plus, que cela entraînerait des conséquences néfastes. Permettons‑nous de conclure qu'il ne s'agit là que d'une excuse. Le simple fait qu'au sein de l'organisation existe une connaissance susceptible « de transformer beaucoup de jeunes en sectaires et fanatiques » et de les détacher du « monde de tous les jours » semble peu préoccuper le « grand HAL ». D'autant plus que les jeunes deviennent effectivement « sectaires et fanatiques » et se détachent du monde ordinaire, phénomène dont l'organisation elle‑même est en partie responsable, puisqu'elle s'arroge le droit de décider elle‑même ce qu'il faut révéler de la véritable nature de l'organisation :
« Tu es trop petit, tu es tout enfant, et c'est pourquoi nous, selon la coutume millénaire, te donnons goutte à goutte le puissant remède — la Connaissance Ésotérique… Pas d'improvisations. Nous savons parfaitement ce dont tu as besoin, quand, comment et en quelles quantités… Tous les spécialistes et connaisseurs de l'ésotérisme (pas les intellectuels qui spéculent sur l'ésotérisme, mais ceux qui s'en occupent réellement et la pratiquent), d'E.P. Blavatsky à Éliphas Lévi, indiquent la nécessité d'aborder le Secret progressivement. »
« L'appréhension des grands Mystères exige du temps, du travail, un dévouement total et un désintéressement complet. Il faut se consacrer entièrement au service de l'Idéal. »
La dernière citation est particulièrement intéressante. L'adepte de la Nouvelle Acropole doit se consacrer entièrement au service de l'idéal, sans même savoir en quoi il consiste ! Naturellement il ne peut être question d'un choix conscient, car la personne ignore ce qu'elle choisit et à quoi elle consacre son temps, sa force, et parfois sa vie entière. Même en apprenant avec le temps certaines des positions qui lui sont imposées, il n'a aucun moyen d'en vérifier la véracité, puisqu'il reçoit ces connaissances d'une source manifestement non objective — des personnes qui y croient fanatiquement. Il y a donc ici un écart ésotérique typique. Son essence est la suivante : au moment de l'admission dans la secte, lors du recrutement, on ne communique jamais à la personne le contenu véritable de l'enseignement de la secte, ni ce qui viendra ensuite. [2] En conséquence, la personne invitée dans une organisation se retrouve dans une organisation tout autre. En clair, l'organisation se révèle totalement différente de ce qu'elle semblait à première vue. La présence d'un tel écart est aussi un signe de secte totalitaire. Il faut noter que dans la Nouvelle Acropole l'écart ésotérique se manifeste beaucoup plus fortement que dans un certain nombre d'autres sectes.
- Чем для сотрудников организации является процесс чтения лекций? Quel sens le processus de lecture des conférences a‑t‑il pour les employés de l'organisation ? Comme indiqué au point 1, les conférences de la KFS sont avant tout un moyen d'endoctrinement de la doctrine acropolienne, et non une simple transmission d'informations. L'objectif de cet enseignement est formulé dans l'article « Sur la scolastique », p. 7, section « Pour les enseignants » : « L'instructeur‑acropoliste doit toujours rester à la hauteur de sa position et se sentir comme un canal de l'Histoire. Nous sommes venus pour changer le monde, pas pour être une autre des écoles qui discutent de l'ésotérisme. L'ésotérisme et d'autres choses semblables ne sont que partie de la lutte acropolienne, destinée à inspirer les élèves. »
De plus, selon l'enseignement de la Nouvelle Acropole, le processus même d'enseignement revêt un caractère mystique et sacré :
« Parole vivante » : « L'homme qui a l'art de travailler par la parole est un mage. Et indépendamment de notre petitesse, la conférence, le poème, la soirée, le petit groupe doit être une forme d'action magique ou mystique. »
« Manifestation des 7 lois... » : « Parce que dans ce contexte l'instructeur devient véritablement prêtre et mage, on n'est ni sage, ni mage, ni prêtre à moitié... Alors s'accomplit le sacrement de la célèbre Loi de la Sanctification du point de vue de l'instructorat, car lorsque l'instructeur, lisant la conférence, transmet la force, il éveille chez les gens une force élémentaire qui les soutiendra pendant une certaine période. C'est le moment Amour‑Intuition, le moment de la bénédiction. Si les véritables Grands bénissent en transmettant la véritable, réelle force intérieure par le toucher, alors l'instructeur dispose comme instrument de la parole sacrée. »
« Parole vivante » : « C'est le moment des Mystères avant le début de la conférence, quand vous évoquez intérieurement, de manière figurée, des images sacrées, celles qui vous inspirent. Et comme un dernier instant avant le combat, et chaque conférence est un nouveau combat, demandez la bénédiction, encore une fois "aux pieds du Maître". »
« Sur la scolastique », p. 4, section « Pour les enseignants » : « N'oubliez jamais que l'Enseignement est un sacrement, et que la salle de conférence est un espace sacré. » Ainsi, du point de vue même des acropolistes, la lecture de conférences n'est pas un événement laïc, mais une action rituelle magique.
- Насколько соответствует действительности фактическая информация, излагаемая на лекциях? Dans quelle mesure l'information factuelle présentée lors des conférences correspond‑elle à la vérité ? Pour répondre à cette question il faut revenir au système de valeurs déformé déjà mentionné au point 2. Il convient de citer intégralement un passage de « Parole vivante », car il est très typique de toutes les sectes totalitaires :
« Et HAL nous a enseigné que dans ce contexte, il n'est pas effrayant d'inventer quelque information que personne ne vérifiera, même si l'on dit que cela n'a jamais eu lieu... Et qu'en pensez‑vous, vous estampilleriez le nom de HAL parce qu'il lisant la conférence "Giordano Bruno" inventa devant le public, pour que certains membres des FV qui assuraient le service de la conférence entendent, que Giordano Bruno fut à Zagreb et fonda une école, un noyau qui s'appelait "Phénix" (alors les FV à Zagreb s'appelaient "Phénix") et que c'est ainsi que commença le premier impuls spirituel en Europe de l'Est. Mais il l'a raconté de telle manière que ceux qui comprenaient ses paroles ne virent pas Giordano Bruno, ils le virent lui, et crurent même — peut‑être que cela a été, bien que nous sachions que cela n'a pas eu lieu. Tout est relatif dans le temps et l'espace, et des faits qui ne se sont pas produits dans la réalité ont peut‑être eu lieu sur d'autres plans. Il y a donc des choses que la logique ne peut accepter, mais quelque chose en nous (cela s'appelle les moments d'inspiration sacrée dans la conférence) nous pousse à raconter cela. Voilà l'exemple de HAL, le grand HAL, qui n'a jamais menti, et n'a pas menti même en racontant le fait de l'arrivée de Giordano Bruno à Zagreb, bien que cela n'ait jamais eu lieu. Delia ensuite riait : "J'aurais tellement voulu qu'il soit venu, mais il n'est pas venu." »
Ainsi, dans la Nouvelle Acropole non seulement l'on admet le mensonge, mais les instructeurs sont ouvertement appelés à mentir sur des faits historiques, qualifiant cela « d'inspiration sacrée ». En conséquence, l'auditeur qui souhaite augmenter son niveau culturel et apprendre des événements et faits historiques précis se voit contraint de croire aux fantaisies de Livraga ou d'autres « maîtres » de la KFS, dont le seul objectif est son recrutement dans une secte occulte.
- Применяются ли при работе со слушателями какие-либо методики контроля сознания? Utilise‑t‑on des méthodes de contrôle de la conscience sur les auditeurs ? C'est l'une des questions les plus importantes lorsqu'on classe une organisation parmi les sectes totalitaires. Il faut aussi rappeler qu'au sein de la Nouvelle Acropole il existe deux niveaux d'initiation : l'École philosophique classique, comprenant cycles théoriques et pratiques, et le noyau interne appelé Forces vives ; la phase correspondante d'apprentissage s'appelle « École de l'initiat ». Par conséquent, les méthodes de contrôle de la conscience employées aux différents niveaux diffèrent.
Sur le site « Nouvelle Acropole : informations à méditer », consacré au dévoilement de la Nouvelle Acropole et situé à l'adresse no-acropol.info (ci‑dessous — No-acropol.info), dans les rubriques « Contrôle de la conscience » et « Éducation à la manière acropolienne » sont exposées en détail les méthodes de contrôle de la conscience et de manipulation appliquées au niveau des Forces vives. Je souhaite m'arrêter sur les techniques qui ont lieu déjà au niveau de la KFS. En effet, les conférenciers suivent un entraînement détaillé où on leur enseigne des méthodes de suggestion, de contrôle de la conscience et des techniques hypnotiques.
La Nouvelle Acropole exerce un contrôle très développé des émotions, qui se manifeste sous deux formes :
- La conquête élémentaire de la confiance, lorsque l'instructeur cherche activement à se faire aimer du public, de sorte que les auditeurs aient besoin de lui et ne puissent imaginer leur vie sans lui. Les méthodes peuvent être quelconques : du banal « bombardement d'amour » à d'autres techniques manipulatrices. Comme c'est habituel dans les sectes totalitaires, la fin justifie les moyens :
« Manifestation des 7 lois... » : « Prévoyez certains moments de mise en disposition des gens envers vous. Créez au début de la conférence ce qu'on appelle des liens invisibles, grâce auxquels vous pourrez ensuite mener la conférence ou la réunion jusqu'à la fin. Votre tâche dans ce contexte est que vous devez pour les gens, surtout si vous travaillez longtemps avec eux comme instructeur, devenir une personne proche et intime. Même s'ils peuvent ne pas du tout vous parler, car dans de grandes conférences ils n'atteignent pas jusqu'à vous. Même si vous n'avez pas avec eux de communication verbale ou très peu d'échanges. Mais vous devez faire tout votre possible pour devenir pour eux, même pas une autorité, mais une personne "de la famille", quelqu'un de proche. Et cela ne signifie pas seulement briser la glace initiale, mais construire la conférence et surtout la première partie de la réunion ou les premières réunions, si vous allez les conduire constamment, de façon à ce qu'on vous aime... Et prudemment, obtenir la bienveillance des gens... »
D'un point de vue moral, on perçoit l'amoralité évidente d'une telle position : il ne s'agit pas d'aimer sincèrement ses élèves, mais de susciter leur amour par tous les moyens, afin de créer chez les adeptes une dépendance totale envers soi.
- L'évocation de certaines émotions par des techniques relevant traditionnellement de l'hypnose ericksonienne :
« Manifestation des 7 lois... » : « Par les émotions vous devez susciter la dévotion envers l'école, le rêve, le Maître, un état de dévotion au Beau. Et donc on dit que durant la conférence, le cours, mais c'est aussi de la haute maîtrise, il faut, si possible, planifier consciemment pour durant la séance des moments dits de chocs émotionnels... Il peut y avoir des moments très doux, beaux, émouvants, on en a parlé aux précédents marathons, des larmes, ou de la tendresse, ou du désespoir, ou même pas du désespoir mais la prise de conscience de l'étendue de sa chute selon un certain critère... Ou peuvent être des moments forts, très émotionnels. Cela inclut toute la palette, la voix, et tout ce qu'on veut, mais c'est une question d'entraînement, qui se fait par des coups soudains, quand les auditeurs s'y attendent le moins. C'est un moment subtil, mais très important, surtout quand il s'agit du beau. Les anciens se souviennent de Fernand Schwartz. Tout le hi‑hi‑hi, ha‑ha‑ha, bravo, oui‑oui‑oui, et à la fin — AVE !!! Quand vous ne sentez presque plus, la voix monte, la force du mot, le silence dans la salle, tout le monde vous regarde, et vous voyez que vous arrivez à la culmination, avant cela il faut d'abord les calmer. Bercer, lalala, puis sentir le moment — boum. Puis de nouveau bercer, détendre, faire rire et tout. Mais ces moments émotionnels dans la conférence de plan beau et fort doivent être prévus... Il faut raconter en dessinant, en enjolivant. »
« Parole vivante » : « Ainsi vient la culmination de la perception, on frappe la conscience, il faut leur ouvrir les yeux, on frappe le manas, vers la révélation, la compréhension : "On peut regarder cela sous un autre angle, ne m'étais‑je jamais posé la question, etc.", — et nous allons vers la sursaturation. Spécialement, nous introduisons certains moments complexes déjà proche de la pause, particulièrement vers la fin de la conférence. Et quand vous sentez que survient la sursaturation, la fatigue, la limite, les gens ne perçoivent plus, alors il faut utiliser la dernière étape, quand décroît la perception logique et s'enclenche autre chose, afin de frapper sur les émotions et le cœur. Sur les émotions et le cœur. C'est obligatoire avant la pause, et obligatoire avant la fin de la conférence. C'est‑à‑dire dans la partie où ils ne comprennent déjà plus rien, il faut que vous leur fassiez naître par telle ou telle conclusion, tel ou tel récit des "sentiments" mystiques, un déchargement, un catharsis. Et il faut que vous meniez la conférence vers cela consciemment, utilisant précisément ce moment où la logique, l'esprit cessent de fonctionner, se saturent et d'autres mécanismes se mettent en marche. Et quand on nous demande pourquoi vous laissez le plus intéressant pour la fin de la conférence, maintenant vous comprenez pourquoi. Le plus intéressant n'est pas expliqué, mais transmis par ce type de catharsis. Et dans ce contexte vous pouvez construire la conférence de sorte que toute la conférence soit simple : une partie — introduction, autre partie — culmination, on frappe la conscience et troisième partie — émotions. Et le plus haut art, quand vous construisez une conférence sur de grands thèmes, et à l'intérieur de chaque grand thème que vous voulez développer, on fait ces petits cycles : introduction — on frappe la conscience — émotions, puis on détend, puis de nouveau une autre partie : introduction — on frappe la conscience — émotions — détente. Puis troisième moment : introduction — on frappe la conscience — émotions — détente. Et dans le cadre de la conférence globale il y a une introduction nette, un "on frappe la conscience" net et toujours à la fin les émotions — sentiments élevés, hautes dispositions, cela doit être la même chose que lorsqu'on sort d'un concert d'un grand maître. Voilà quand on y arrive, alors je pourrai dire : vous êtes mes instructeurs. »
Ici est décrite de manière on ne peut plus explicite la procédure de contrôle de la conscience : déconnexion de la pensée logique, tentative d'atteindre uniquement la perception émotionnelle, alternance de moments culminants et de relâchements psychologiques. Dans ces formations est aussi fixé le résultat souhaité — pensées et sentiments concrets que doivent éprouver les auditeurs après la conférence :
« Manifestation des 7 lois... » : « Et dans ce contexte, du point de vue de la conférence, vous devez atteindre l'état..., que vous vivez de conférence en conférence, et que vos élèves, vos gens vivent d'une rencontre à l'autre avec vous. Voilà ce que l'on nomme le second logos ou principe de la sanctification, ou la maîtrise supérieure. Toujours sans s'attacher à vous, sans être dépendant de vous, mais on vient à vous comme une source d'où on peut boire et aller vivre ensuite. Et quand ils sentent de nouveau la soif, alors ils reviennent et vivent de vous. Et si vous n'y parvenez pas, alors l'instructorat ne sert à rien. »
Pour obtenir plus facilement le résultat visé, on inculque activement aux auditeurs un « novlangue sectaire ». Le principal spécialiste russe des sectes Alexandre Dvorkine note : « Parmi d'autres choses Orwell a découvert une loi : celui qui contrôle la langue d'une personne contrôle sa conscience. En entrant dans une secte, la victime commence à parler sa langue. Dans notre cas cela peut être la langue russe, mais dans elle s'effectue un subtil glissement de sens, où des mots‑clé prennent un autre sens, et l'adepte commence involontairement à penser en catégories sectaires. » [3] C'est exactement ce qui se passe dans la Nouvelle Acropole. La direction de la NA ne cache pas qu'elle inculque aux auditeurs des termes de novlangue afin de former chez eux un nouveau système commun de pensée et de perception.
« Manifestation des 7 lois... » : « La loi suivante — la Loi de la Psyché, qui, du point de vue de l'instructeur, parle du processus de création de formes astrales et mentales collectives. En quoi consiste théoriquement ce processus ? Il consiste en ceci : si existent des idées et des moments que l'homme ne doit pas oublier ou qui doivent constamment être présents dans sa vie et devenir moteur de ses consciences et révélations, il faut faire que certains mots, termes deviennent du lexique, des expressions fréquentes dans la vie ordinaire, sujet d'anecdotes, de saynètes, de félicitations, de toasts. Cela s'appelle une forme astrale‑mentale collective... Le concept "rêve", souvenez‑vous, "ville d'or". Déjà tous les membres répètent, réveillez‑les, qui que ce soit, du centre ville : "Rêve, Don Quichotte, ville d'or, espoir, HAL, patience, l'espoir est la forme de foi", — des phrases alaires qui sont importantes non pas parce qu'elles sont utilisées, mais comme preuve, comme signe, que quelque chose est déjà devenu âme collective, c'est‑à‑dire forme collective de pensée et de perception. Et c'est, bien sûr, une tâche lourde d'un côté, mais quand vous lisez une conférence ou conduisez un cours, vous devez le faire de manière à revenir, à nourrir ces formes astrales‑mentales, mais prudemment, sans susciter de protestation, sans prêcher, sans donner de sermons. Et réellement, comme le disait HAL, — c'est la création de formes astrales‑mentales collectives ou, comme on les appelle, des banques de charge, qui ensuite agissent d'elles‑mêmes, comme une sorte de petits devas, des gardiens. Cela est à la base du travail sur les émotions pendant la conférence ou pendant le cours. » Les commentaires sont superflus...
Il faut noter cependant que le contrôle des émotions s'applique également aux instructeurs eux‑mêmes, les menant à un état d'exaltation fanatique et de don total :
« Manifestation des 7 lois... » : « L'instructeur doit être constamment malade... Cela s'appelle être malade d'idée. Être malade de l'instructorat... Et bien que ce soit une phrase qu'on a dite dix mille fois de partout, que l'instructorat est une mission, il faut en vivre... Et toutes nos réunions d'instructeurs et petits groupes et conférences ne sont qu'un test pour mettre en évidence au fil des ans des prêtres, des maîtres du don… Voilà le noyau, le canal, c'est pour cela que nous vivons. »
Parmi les autres signes de contrôle des émotions figure aussi l'induction de phobies, c'est‑à‑dire l'instillation de peurs irrationnelles. Les phobies traditionnelles sont le sentiment de culpabilité et la peur de quitter la secte.
Il convient de noter que ces phobies sont instillées très activement chez les membres des Forces vives. Les créateurs du site No-acropol.info dans la rubrique « Contrôle de la conscience » indiquent :
« Même ayant pris la décision de quitter la Nouvelle Acropole, la personne en général ne peut pas entièrement se débarrasser de l'idée qu'elle trahit "l'idéal", les gens qui lui faisaient confiance (autant les dirigeants que les subordonnés, ou les collègues), et elle‑même (son âme immortelle). Au sein des Forces vives le départ d'une personne est considéré (en grande partie officieusement) comme une trahison — et cela affecte inévitablement ceux qui hésitent à quitter l'organisation mais n'ont pas encore pris la décision définitive... »
La vie d'une personne qui a reconstruit son mode de vie et sa personnalité sous l'égide de la Nouvelle Acropole s'effondre souvent au moment du départ : elle doit chercher un nouveau système de valeurs, un nouveau cercle de relations, souvent un nouvel emploi, s'adapter à la vie « mondaine ». Bien sûr, cela n'est pas si terrible — mais cela apparaît comme une catastrophe épouvantable à une personne sous l'influence constante de l'organisation.
Quant à l'âme, selon la théorie de la Nouvelle Acropole, la personne qui a renoncé à son « destin » et violé son vœu « perdra au moins cette incarnation » (gâche sa vie), et dans la prochaine incarnation il lui sera incroyablement difficile de « retrouver sa meute (fraternité) » — et sans cela la vie « n'a pas de sens et est vide ». De plus, on considère que « trahissant » la Nouvelle Acropole la personne perd la possibilité de suivre une "évolution accélérée" sous la direction des maîtres et sera obligée d'évoluer lentement, « comme tous les gens ordinaires » — c'est déjà un coup porté au sentiment d'élection, à la vanité cultivée sous un aspect si subtil par la Nouvelle Acropole.
En effet, les élèves en viennent à penser que le seul chemin possible de l'évolution humaine (dharma) passe par la Nouvelle Acropole, de sorte que, indépendamment du choix personnel, il faudra suivre ce chemin. Selon l'idéologie de la Nouvelle Acropole, chaque personne possède une svadharma — « sa loi » symbolisant sa destinée. Donc, si elle quitte l'organisation, elle n'altère pas son destin en soi, elle ne fait que rendre l'accomplissement de celui‑ci immensément plus difficile :
« Sur la scolastique », p. 1, section « Pour les élèves » : « Acceptez‑nous tels que nous sommes ou choisissez d'autres voies et marchez avec Dieu. Et qu'il ne vous laisse pas sans soutien, et par sa miséricorde vous reviendrez à Nous dans une des vies suivantes. » Il est intéressant que cette formule coïncide presque mot pour mot avec une thèse du dirigeant d'une des sectes les plus dangereuses — la Scientologie (Dianétique) de R. Hubbard : « Soit vous partez et nous vous reprendrons dans la prochaine vie, soit vous restez avec nous et vous serez beaucoup plus heureux dans cette vie. » [4]
Le sentiment de culpabilité pour les moindres fautes envers la Nouvelle Acropole (pas nécessairement le départ) est également fortement cultivé :
« Sur la scolastique », p. 6, section « Pour les élèves » : « Ne joue pas avec Nous, car en faisant ainsi tu joues avec ta Destinée et tu gaspilles en vain cet Amour qu'on te donne ici. Si dans ta jeunesse tu n'apprends pas à prendre le Sacré au sérieux, en vieillissant tu te retrouveras dans une pauvreté spirituelle. Ce n'est pas une menace, mais seulement un avertissement sur l'action de la Loi de la Nature, aussi implacable que l'effet de la gravitation ou le théorème de Pythagore. »
En ce qui concerne la KFS, ces phobies y sont moins fortes et concernent principalement la recherche du sens de la vie. La Nouvelle Acropole dans l'esprit des jeunes est solidement associée au début d'une quête spirituelle et à une certaine vision du monde. Par conséquent, en quittant l'organisation, jeunes hommes et jeunes femmes retournent à la vacuité et à l'absence d'esprit, perdant la possibilité de s'attacher à l'Idéal.
Évidemment, sous une telle pression psychologique, il ne peut être question d'aucune conscience libre, encore moins d'un libre choix.
Sont également activement employés dans la Nouvelle Acropole d'autres types de contrôle de la conscience, en particulier le contrôle de la pensée. Au niveau de la KFS cela s'exprime d'abord dans une construction particulière de la conférence elle‑même, où, dans des conceptions philosophiques souvent contradictoires, on met artificiellement en évidence des traits communs destinés à conduire l'auditeur à la conclusion que toutes ces conceptions parlent de la même chose, à savoir de l'enseignement de Jorge Livraga. Ainsi on impose aux auditeurs une conclusion qui n'est pas le résultat de leur propre réflexion et analyse. Pour maintenir cette « communauté » il existe aussi un instruction détaillée :
« Manifestation des 7 lois... » : « Chacune de mes conférences, chacune de mes rencontres doit avoir un fond dans la précédente. Si je lis les stoïciens — je ne peux pas lire les stoïciens sans au moins me référer indirectement à la conférence précédente, qui parlait du Bouddha, bien qu'elle ait été lue par quelqu'un d'autre. Indirectement. C'est‑à‑dire en reliant en une chaîne et en se référant à celui qui a tenu la séance avant moi… C'est pour que, en conduisant votre rencontre, vous fassiez des conclusions et puissiez déjà préparer les gens pour la suivante. Pas seulement par des mots. Préparer le terrain pour le prochain instructeur, la prochaine impulsion, le prochain thème. Et prévoir cela dans votre intervention. Le point est (je parle maintenant sur le plan horizontal), afin que nous puissions créer cette chaîne d'impulsions. »
Outre la création artificielle d'une communauté d'idées récurrentes dans des thèmes divers, la Nouvelle Acropole crée aussi artificiellement une communauté de perception de l'information :
« Manifestation des 7 lois... » : « Unifier un groupe — cela signifie créer lors de la conférence, de la rencontre une petite âme collective ou une forme collective, une banque collective, si vous vous souvenez. Ou réveiller l'âme collective. Et s'adresser non pas aux individus, mais à l'âme collective du groupe. Et l'effet de cet appel sera que ce que vous dites sera entendu par tous... Et si vous atteignez cette unité du groupe, de l'âme collective du groupe, alors cet inconscient collectif distribuera à chacun ce qui lui est pertinent... C'est‑à‑dire ne pas seulement essayer de leur faire comprendre quelque chose, mais apprendre à ce que tout le groupe parvienne à des approches communes dans la pensée et les émotions. Travailler donc sur le soi‑disant plan psychique avec eux. Pour qu'en assimilant l'information ils apprennent aussi à réfléchir, sentir, discerner et en conséquence réagir à tout ce qui les entoure. Et ici aussi dans ce contexte nous avons parlé, et HAL dit, spécialement pour les instructeurs, quand vous lisez une conférence, vous travaillez aussi avec des systèmes de pensée, avec des images ou des systèmes de sentiment et vous essayez de les transformer. »
Au niveau des Forces vives le contrôle de la pensée est plus sévère. En particulier, comme indiquent les auteurs du site No-acropol.info dans la section « Contrôle de la conscience », dans l'organisation existe une interdiction directe de la pensée critique :
« Au fond de tout doute » se cache... le perfide kama‑manas (terme occulte désignant l'esprit rationnel humain), qui est la source d'illusions et conduit "l'élève" à des raisonnements inutiles et des erreurs. On ne peut lui faire confiance, s'y fier est stupide; en fait, c'est le même "Satan" qui vit à l'intérieur de l'homme et le tente, voulant le détourner du vrai chemin. L'esprit ne peut être utilisé que comme un instrument pour résoudre des tâches pratiques, "dictées par l'esprit". »
« Si tu veux connaître » le maître, devenir un vrai disciple, « tu dois dépasser la rationalité » — cela se formule habituellement comme « écouter ton cœur », « ta voix intérieure », « ton intuition » etc. On considère que, contrairement à l'esprit, le « cœur », associé à l'Esprit (âme immortelle) de l'homme, est la source des seules impulsions vraies pour un développement progressif. De plus, la capacité à « entendre la voix intérieure », souvent assimilée à « la voix du maître », dépend de la qualité d'« être un bon disciple ». Autrement dit, les dirigeants possèdent cette capacité à un degré bien supérieur à celui des membres ordinaires des Forces vives. Ainsi on conseille souvent à la personne d'écouter son cœur, mais de ne pas trop s'y fier et de se confier entièrement uniquement à ses dirigeants.
En général le mot « critique » chez la Nouvelle Acropole est presque un juron. Le « critique » figure en tête de la liste des qualités inacceptables selon le « code d'honneur de l'acropoliste ». La critique est a priori considérée comme manifestation d'ambitions personnelles et signe que la personne est « un mauvais élève ».
Par exemple, une personne qui critique son responsable pour ses décisions stupides, son autoritarisme, sa rudesse, etc., se verra dire qu'un bon élève, pour qui la fraternité, l'unité et la réalisation du grand idéal importent, ne s'abaissera jamais à la critique.
Ceci est confirmé par un exemple : « Sur la scolastique », p. 1, section « Pour les élèves » : « Il ne faut pas se livrer à la critique ni propager ses propres vues, sinon vous serez expulsés par la même porte par laquelle vous êtes entrés ici. » Ainsi la pression psychologique sur toute personne douteuse est si puissante qu'elle préfère abandonner ses doutes plutôt que de perdre son « sens de la vie » et sa « destinée » — la Nouvelle Acropole.
Quant à l'attitude négative envers d'autres enseignements, croyances et religions, elle se manifeste dans la NA de façon très spécifique. Aucune religion n'est explicitement qualifiée de « propagande satanique », mais selon l'idéologie acropolienne aucune autre religion ne peut être la Vérité. Comme on l'affirme dans la Nouvelle Acropole, toute religion contient des « valeurs humaines universelles » et un ensemble de vues « humaines » qui ont un caractère secondaire et ne servent qu'à diviser les gens. Bien sûr, l'affirmation que le véritable enseignement ne se trouve que dans l'idéologie de la Nouvelle Acropole (pour une organisation religieuse) n'est pas nécessairement destructrice. Ce qui alarme, c'est la formation d'une attitude négative envers la religion en tant que facteur de division de la société, phénomène distrayant les gens des « valeurs véritables ». Invariablement les membres de la Nouvelle Acropole considèrent que la fusion des religions est condition de la future évolution, de sorte que toute religion traditionnelle qui conserve sa singularité devient automatiquement ennemie de l'organisation et fait obstacle à ses buts.
Aux types de contrôle de la conscience s'ajoute aussi le contrôle du comportement, c'est‑à‑dire un système de devoirs et d'interdits destinés à régir strictement toute la vie de l'adepte et à occuper son temps au maximum, ne laissant aucune possibilité de réflexion critique. Dans la Nouvelle Acropole le contrôle du comportement est largement appliqué au niveau des Forces vives. Sur le site No‑acropol.info dans la rubrique « Contrôle de la conscience » on lit :
« La charge quotidienne de l'acropoliste moyen des FV dépasse celle d'une personne "ordinaire" environ de moitié. En plus du travail (ou des études), il a des obligations à la Nouvelle Acropole qui exigent sa présence systématique dans les locaux de l'organisation. »
Officiellement on exige des membres ordinaires des FV qu'ils travaillent à la Nouvelle Acropole au minimum deux fois par semaine ; en pratique, dans la section de Moscou, des personnes respectant ce rythme sont généralement considérées comme passives. Elles ont peu de chances de devenir responsables, elles peuvent être seulement exécutantes d'ordres, et, de plus, elles éprouvent la sensation d'être « exclues de la vie de l'école », sensation qui est assez douloureuse. La plupart des responsables de bas niveau travaillent à la Nouvelle Acropole chaque soir en semaine et consacrent tous les week‑ends entiers à l'organisation. Les responsables de niveau moyen et supérieur passent généralement la majeure partie du temps à la Nouvelle Acropole : en règle générale ils n'ont pas de responsabilités significatives en dehors de l'organisation (les couples familiaux se forment le plus souvent entre acropolistes, les liens avec les proches sont pratiquement non entretenus, la plupart des responsables travaillent dans des entreprises acropoliennes ou d'autres structures).
Habituellement chaque samedi se tiennent à la Nouvelle Acropole de longues réunions générales des FV, puis des rencontres en petits groupes, et le reste de la journée est consacré à un travail pratique. Ainsi au moins un des deux jours de repos doit être passé à la Nouvelle Acropole...
Avant le coucher, chaque acropoliste des FV doit analyser la journée passée et en laisser une trace dans un journal. Pendant plusieurs années il a été également obligé de remplir une « fiche » ; il y a quelque temps le remplissage des « fiches » a cessé d'être obligatoire. Ainsi même cet intervalle bref où la personne est « seule avec elle‑même » est réglementé : elle doit méditer sur des sujets liés à l'évaluation de sa conformité aux critères de « l'élève » (le concept « élève » désigne à la fois les membres des FV et l'idéal vers lequel ils doivent tendre par amélioration personnelle).
De plus, les « fiches » réglaient en grande partie toute la journée de l'acropoliste : elles régissaient l'heure du sommeil, des repas, imposaient le contrôle des émotions, des pensées et une journée vécue intensément (c'est‑à‑dire que chaque moment devait être dédié soit à un travail concret, soit à la réflexion sur des thèmes donnés). Le « temps vide » (trajets, attentes forcées, etc.) il est recommandé de le remplir par la lecture de la « bonne » littérature et par « l'élévation de la conscience » (exercices de visualisation de l'image du fondateur de l'organisation Jorge Ángel Livraga et d'autres « images sacrées » liées à la Nouvelle Acropole), ainsi que par des réflexions sur : « quel suis‑je comme élève ? », « quels sont mes défauts ? », « que m'attend le maître ? » etc.
Au niveau de la KFS le contrôle du comportement s'accentue progressivement en fonction du temps passé dans l'organisation. Au début la KFS se réunit seulement une fois par semaine — en semaine, deux heures trente le soir. Puis commencent les soi‑disant « dialogues » — rencontres à domicile le dimanche où sont discutés les sujets étudiés à l'École. En fait ces « dialogues » sont comme des travaux dirigés pour consolider le matériel étudié et répondre aux questions. Ensuite l'auditeur est impliqué dans diverses actions pseudo‑caritatives (cours dans les orphelinats, actions écologiques), dont le but est de créer une image positive de la Nouvelle Acropole dans la société. La préparation de ces actions a lieu le dimanche. Puis les auditeurs sont invités à la Nouvelle Acropole chaque jour sous prétexte d'aider l'École à préparer les prochains événements. De plus, les auditeurs sont conviés à divers séminaires et tables rondes. Peu à peu la Nouvelle Acropole devient le sens de la vie des étudiants et son unique contenu.
Le contrôle de l'information est à peine appliqué au niveau de la KFS, mais il est utilisé dans les Forces vives. Le site No‑acropol.info, rubrique « Contrôle de la conscience », rapporte :
« La lecture de littérature "extra‑scolaire" (livres, journaux, etc.) et le visionnage régulier des programmes télévisés à la Nouvelle Acropole ne sont pas interdits. Mais ils ne sont pas particulièrement encouragés. Par exemple, de la part de responsables charismatiques on entend souvent des phrases type "cela abrutit", "pour ma part je ne regarde à la télé que le journal", "à quoi te sert‑il de lire ces inepties ?" etc. Le point de vue est assez répandu selon lequel la lecture des travaux d'E.P. Blavatsky et d'autres théosophes, de H.A. Livraga, de D.S. Guzmán (actuel dirigeant de l'organisation internationale Nouvelle Acropole), d'une série d'autres livres et du magazine "Nouvelle Acropole" suffit pour "un développement complet de la personnalité". En réalité, même la lecture de cette littérature est souvent rendue impossible par le manque de temps. »
Le contrôle de l'information à l'intérieur des FV est assez efficace grâce à la structure hiérarchique rigide, à l'organisation du temps et à une propagande bien conduite. La structure hiérarchique exclut pratiquement la circulation d'« informations inutiles » du haut vers le bas, et l'organisation stricte des réunions et autres activités limite la diffusion horizontale de l'information...
Un autre facteur limitant la diffusion de l'information est le mécanisme d'information (n'appelons pas cela « dénonciation »), inscrit dans le système lui‑même. Les responsables rédigent régulièrement des rapports sur leurs subordonnés, et toute parole peut être consignée et évaluée. Les amis d'une personne n'hésitent pas à informer les responsables de ses « doutes » et « égarements » pour qu'ils puissent «l'aider».
La propagation des rumeurs dans la Nouvelle Acropole est également contrôlée de façon assez subtile : la quantité nécessaire de rumeurs est formée par les dirigeants dans la mesure où cela est utile pour satisfaire la faim informationnelle. L'information provenant du « monde extérieur » est régulièrement commentée et expliquée lors des réunions des FV. Par exemple, quand en 2000–2001 un nombre important de membres des FV a quitté l'organisation, il a été subtilement déconseillé aux restants de communiquer avec eux, et pour plus de sûreté, par un système de rumeurs et de sous‑entendus on a laissé entendre que les partis avaient «ourdi des complots contre l'Acropole».
Ainsi, dans la Nouvelle Acropole sont utilisés tous les types de contrôle de la conscience, ne laissant aux membres aucune possibilité de choix libre propre.
- Каково отношение НА к внешнему миру? Quelle est l'attitude de la Nouvelle Acropole envers le monde extérieur ? La personne découvrant la Nouvelle Acropole pour la première fois est convaincue que la Nouvelle Acropole est une organisation laïque culturelle et d'éducation destinée à rapprocher au maximum les gens du patrimoine culturel de la société. Il est donc logique de supposer que la tâche d'une telle organisation est d'intégrer la personne à la société, de lui apprendre à aimer le monde environnant et à valoriser sa culture. En pratique tout se passe à l'inverse. L'un des principaux signes des sectes totalitaires est la création d'un « mur » entre l'adepte et le monde extérieur. C'est compréhensible : en établissant un contrôle sur la conscience de la personne, la secte doit la protéger des influences extérieures non conformes à la vision sectaire. Moins l'adepte est orienté « vers l'extérieur », plus il est attaché à la secte et dépendant d'elle. C'est pourquoi il est si important pour la direction de couper tous les liens extérieurs des sectaires susceptibles de conduire la personne hors du contrôle totalitaire. Dans la Nouvelle Acropole ceci se manifeste par un culte de l'amitié et de l'amour. Selon l'idéologie de la Nouvelle Acropole l'amour véritable est la rencontre de personnes qui étaient déjà ensemble dans une vie antérieure. Ainsi la personne qui ne croit pas à la réincarnation ne peut être la « moitié » appropriée. De plus, l'amour véritable est inextricablement lié au « destin », donc toute relation gênant le travail de la personne pour la Nouvelle Acropole n'a pas le droit d'exister. Si l'on ajoute à cela l'obligation fréquente qu'ont les membres des FV de mentir à leurs proches et aux simples auditeurs, de cacher l'existence de symboles, rituels et instructions de traitement des élèves, et l'énorme implication horaire des membres du noyau interne, il apparaît clairement que les liens des acropolistes avec leurs familles et amis se détruisent automatiquement.
L'attitude de la Nouvelle Acropole envers le monde en général est très négative. Cela est assez naturel si l'on considère que l'organisation cherche à assurer un contrôle maximal de la conscience des adeptes et est donc intéressée à les protéger des influences naturelles venant de multiples sources : médias, œuvres d'art, etc. Le monde extérieur, selon l'enseignement de la Nouvelle Acropole, est en déclin, plongé dans le matérialisme et globalement porteur du mal — en opposition avec la Nouvelle Acropole. Ici se manifeste la doctrine noir/blanc typique des sectes totalitaires — division entre l'organisation et le monde extérieur selon le principe nous/eux.
« Sur la scolastique », p. 1, section « Pour les élèves » : « Pour préserver et perpétuer notre "Fraternité Philosophique" nous avons besoin de jeunes qui ne veulent pas gaspiller leur temps dans les sottises d'un monde en décadence. Nous sommes jeunes et forts — et rien ne nous fera être autrement. »
Idem, p. 7 section « Pour les enseignants » : « Dans le monde moderne, saturé par le manœuvrage politique, le sectarisme, des fantasmes absurdes, des peurs irrationnelles et une haine instillée artificiellement, la jeunesse subit un "lavage de cerveau". »
L'attitude des membres des Forces vives envers le monde environnant s'étend à leur attitude envers les auditeurs de la KFS. « Manifestation des 7 lois... » : « Quand vous venez avec votre petite flamme, avec votre petit impuls, préparés, vous voyez devant vous des visages, et ils deviennent en quelque sorte pour vous de subtils ennemis bien‑aimés, parce que quand vous venez avec quelque chose de nouveau, et eux sont encore assis dans leur ancien, dans leur immobilité, leur cécité, leurs gadgets et petites niaiseries. Alors le premier état qui surgit — s'armer d'un casque, d'un bouclier, tel Don Quichotte contre les moulins à vent, voilà la Loi de l'Action... Attention, pas une lutte pour mieux expliquer quelque chose ou pour évoquer une information, mais comme une lutte entre la lumière et les ténèbres... C'est une lutte qui, pour des maîtres de haut niveau, tels Delia, HAL, les grands maîtres qui viennent et savent immédiatement ce qui flotte dans l'atmosphère et sur quoi il faut attaquer, ce qu'il faut supprimer, ce qu'il faut développer, est menée consciemment. »
Ainsi le processus d'enseignement est perçu par les membres des FV comme une guerre contre leurs élèves.
- Является ли «Новый Акрополь» тоталитарной сектой? La Nouvelle Acropole est‑elle une secte totalitaire ? Au vu de ce qui précède, on peut conclure que la Nouvelle Acropole présente l'ensemble des signes d'une secte totalitaire. De plus, toute la caractéristique initiale de la Nouvelle Acropole s'avère non seulement non conforme à la réalité, mais réfutée complètement et à l'inverse. Ainsi, la personne venant à l'« école philosophique » dans le but de se familiariser avec la sagesse ancienne se retrouve dans une secte occulte et païenne totalitaire. Soulignons une fois de plus que les principales reproches à la Nouvelle Acropole ne tiennent pas au fait qu'elle ait un enseignement différent de celui de l'Église orthodoxe ou de toute autre Église, mais au fait qu'elle dissimule aux néophytes l'existence même de cet enseignement et conduit les adeptes à son acceptation au moyen de manipulations et de méthodes de contrôle de la conscience, violant ainsi le droit inaliénable de l'homme à choisir librement sa vision du monde.
[1] Diacre A. Kuraev, « Qui a envoyé Blavatsky ? (polémique avec Ksenia Myalo et d'autres rérikhoslaviens) ».
[2] A. Dvorkin, « Études des sectes : sectes totalitaires », 2003, p. 70.
[3] A. Dvorkin, « Études des sectes : sectes totalitaires », 2003, p. 52.
[4] Conférence du 31.12.1961 « Possession : la qualité de la capacité à atteindre ». La citation est rapportée dans la Lettre d'information I HELP CIS n°16 du 01.11.05.